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Mardi 19 Août 2008

JO : les athlètes préparent leur avenir grâce à un 2ème job

A l’exception de quelques stars, la plupart des champions présents à Pékin ont un deuxième métier. En France, ministères, collectivités ou grandes entreprises recrutent des médaillés potentiels. Alors, si vous avez la fibre olympique, à vous de jouer.



Tout en muscles dans son uniforme bleu, matraque à la ceinture, cet agent de sécurité qui patrouille dans le métro vous rappelle quelqu’un ? Un petit effort de mémoire. Vous l’avez vu à la télé, mais dans son maillot d’athlète. C’est tout simplement Steeve Guenot, premier médaillé d’or français à la lutte gréco-romaine. Scène encore plus déroutante si le grand gaillard qui vous fait souffler dans l’alcootest au bord de la route est le gendarme Alain Bernard, champion olympique du 100m nage libre, médaille d’argent du relais 4X100 et médaille de bronze du 50 m à Pékin.

La gloire et les records olympiques assurent le passage à la postérité, mais pas nécessairement une retraite dorée. Ne parlons pas des joueurs de tennis, des footballeurs (en tout cas ceux des pays occidentaux) ou des basketteurs américains. Ceux-là sont à Pékin comme des milliardaires invités dans un camp de vacances par des copains très sympa, mais un peu fauchés. Pour le commun des sportifs de haut niveau il faut du temps, de la disponibilité, une infrastructure (entraîneur, kiné, parfois un sophrologue…) ce qui représente un budget pharaonique. Avant la course au record, la course à l’argent : on doit à la fois se préoccuper du présent et de l’avenir. Et, à l’exception des super stars entièrement prises en charge par de grandes marques d’équipements sportifs ou des clubs, le CDI reste la meilleure solution pour préserver son pouvoir d’achat.

Etes-vous tenté par les prochains JO 2012, à Londres ?
Etes-vous tenté par les prochains JO 2012, à Londres ?
Mais où trouver ce fameux job ? Le site france olympique dans lequel chaque athlète français sélectionné pour les JO a sa fiche biographique, donne des pistes intéressantes. Si une minorité, à l’image de Christine Arron ou de Mehdi Baala, se déclare athlète professionnel, le spécialiste du 110m haies Ladji Doucouré fait, lui, partie des salariés. Son employeur : le conseil général de l’Essonne qui lui a signé un contrat d’insertion professionnelle. Son poste ? « Assistant technique et administratif au Pôle événementiel et communication. ». Médaillée de bronze au judo, Stéphanie Possamai est gendarme comme le nageur Alain Bernard. Spécialiste du VTT, Laurence Leboucher est postière, tandis que Jérôme, l’un des deux frères Jeannet champions olympiques à l’épée par équipe, est graphiste-designer. Pascale Jeuland, quart de finaliste de la course cycliste par points, exerce la profession d’aide-soignante.

Ce ne sont pas les seuls exemples. Dans le cadre de conventions passées de longue date par le biais de la Jeunesse et des Sports, les ministères et les collectivités recrutent. C'est bon pour l'image et ça dope la fierté nationale en tout bien tout honneur. Parfois aussi, c’est une ville moyenne qui prend le flambeau : avant de se faire connaître, le marcheur Yohann Diniz (par ailleurs titulaire d’un diplôme d’œnologie), avait décroché un emploi jeune à Reims.

Coté entreprises, une convention a notamment été signée en avril 2005 entre Jean-François Lamour, alors ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Vie Associative et Adecco pour « préparer la transition entre vie sportive et vie professionnelle au travers d’un programme d’accompagnement ciblé et individualisé. »

Bien entendu, en raison de leur âge, nombre d’athlètes sont encore étudiants comme Fabrice Jeannet, le frère de Jérôme, qui prépare un diplôme d’informaticien pour le jour où il aura raccroché son épée. Ce qui est incontestablement un gage de sécurité si on n’est pas dans le cas de la jeune championne serbe de tennis Ana Ivanovic, la gagnante de Roland-Garros 2008.

Selon le site Rue 89, Ana a été repérée à l’âge de 14 ans par un fond d’investissement créé par un ancien trader du Crédit Suisse, Adrien de Mayer. Beaucoup de jeunes sportifs, a-t-il expliqué au Daily Mail, « n'atteignent pas leurs objectifs de carrière faute de moyens pour se former. Nous leurs proposons une aide financière en échange d’une participation à leurs gains s’ils réussissent. Ils n’ont rien à rembourser dans le cas contraire ». Ana, première « sélectionnée », a ensuite été « cédée » au manager et businessman Dan Holzmann. L’histoire ne dit pas avec quel retour sur investissement et, quoi qu’il en soit, la jeune championne a été privée de JO pour cause de blessure au pouce.

Mais certains se posent déjà la question : après la lutte contre les produits dopants, faudra-t-il aussi veiller aux produits financiers pour que le sport garde un peu d’humanité ?

Jean-Pierre Robert


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