« Des auditeurs hollandais sont venus examiner notre titre d'ingénieur. Ils ont eu beaucoup de mal à s'y retrouver. L'enseignement supérieur est un vrai parcours d'initiés en France ».
L'anecdote est rapportée par le président de la Commission Formation de la Conférence des Grandes Ecoles, Pierre Aliphat, également directeur de l'ESIEA, et témoigne de l'opacité du système français. « Cette complexité du système fait que l'ascenseur social s'est beaucoup ralenti », poursuit Pierre Aliphat.
Il n'y a qu'à voir la situation dans les formations rattachées aux cursus universitaires. Entre, d'une part, les établissements comme les universités technologiques ou bien encore les écoles polytechniques qui délivrent un diplôme d'ingénieur, et, d'autre part, les universités plus « traditionnelles » qui remettent des masters, difficile de s'y retrouver…
Sans compter que la formation Miage, très réputée, vient de perdre une certaine lisibilité : pour s'intégrer au LMD, elle est devenu un master (presque) comme les autres.
Des statuts peu ou mal affichés, des programmes et contenus de plus en plus complexes, les écoles d'ingénieurs comme les formations universitaires n'ont pas une image claire auprès des familles. Une image encore plus brouillée depuis la prolifération d'écoles dites d'ingénieurs, mais dont le diplôme n'est pas validé par la fameuse et toute puissante Commission des Titres d'Ingénieur.
Alors comment trouver sa voie dans ce dédale ? Un chemin d'autant plus complexe que le diplôme d'ingénieur est actuellement délivré par 227 écoles généralistes ou spécialisées, publiques ou privées.
Pour ajouter à la confusion générale, les technologies de l'information, longtemps considérées comme une matière scientifique bien déterminée, se mêlent et s'entremêlent avec toutes les autres disciplines, scientifiques ou pas d'ailleurs. « L'informatique est enseignée à tous les ingénieurs. Entre l'informatique outil ou destination, la césure est de plus en plus fine ! », indique ainsi Michel Mudry, Délégué Général de la CDEFI (Conférence des Directeurs des Ecoles Françaises d'Ingénieurs).
Entre ceux qui considèrent que l'informaticien est voué aux grandes destinées qui l'amèneront rapidement à piloter, manager, concevoir et ceux dont le rêve est de concevoir et réaliser des systèmes techniques novateurs, la marge est énorme. Et le chemin bien différent.
Au départ, les étudiants novices arrivent en effet le plus souvent avec des idées bien arrêtées : « je veux créer des jeux vidéo », rêvent nombre de jeunes lycéens et futurs informaticiens. Pour ceux dont les visions sont un peu plus réalistes, ils se voient maniant le code et l'algorithme avec brio, des nuits durant, les lunettes vissées sur le nez.
En réalité, l'objectif des écoles d'ingénieur n'a pas véritablement changé sur le fond depuis plus d'un siècle : former des gens de haut niveau, capables d'apprendre rapidement et surtout de prendre des décisions en connaissance de cause, de manager.
Un objectif commun à toutes les disciplines mais qui a été particulièrement dissimulé dans les technologies de l'information : nombre de jeunes considèrent ainsi que le titre d'ingénieur leur permettra de développer des programmes.
Jamais une telle croyance n'a été aussi fausse, à l'heure de l'externalisation et surtout de l'offshore qui gagne très sensiblement du terrain.
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