Diplôme et emploi : pourquoi cela ne 'colle' pas
Les chercheurs d'emploi ressentent souvent comme une injustice l'inadéquation entre le niveau de leur diplôme et le niveau du poste qui leur est proposé. Christian Malécot, expert RH, propose d'y voir clair avec des idées simples...
Pourquoi demande-t-on des qualifications supérieures au niveau de poste requis ?
Le marché de l'emploi ne peut absorber la totalité des diplômés de l'enseignement supérieur dont le nombre a crû fortement ces dernières années. 40 % de jeunes d'une classe d'âge sortent diplômés du supérieur, alors que la population active pour des postes de cadre n'atteint que 16 % du total. Cette situation s'est dégradée d'année en année. Il arrive aussi que des diplômés qui ne trouvent pas de travail dans leur filière d'origine se présentent sur des postes dont la qualification demandée est souvent plus modeste.
Est-il vrai qu'en demandant un niveau de diplôme au-dessus du niveau du poste concerné, les entreprises souhaitent aussi anticiper une évolution de leur collaborateur ?
Les entreprises ont souvent pris l'habitude, depuis des années, de recruter à « Bac + » en pensant que placer la barre plus haut favorisait une évolution des collaborateurs par la suite.
Leur erreur est parfois d'exiger un niveau pour des postes ne nécessitant pas de connaissances particulières, mais une aptitude relationnelle (les postes sur des plateaux d'appel par exemple). Demander un niveau d'études supérieur aux besoins réels alors que la composante « compétences non techniques » est souvent primordiale, revient à reporter la sélection sur des critères soi-disant rationnels mais qui sont souvent assez mal adaptés à une véritable performance dans le poste attendu.
L'habitude prise en France de considérer le niveau de diplôme comme un critère important dans le recrutement vient renforcer ce phénomène de blocage. Cela tend à laisser moins de chances à ceux qui ont principalement des compétences non techniques qu'ils n'ont pas eu le temps de prouver.
Est-il exact que les entreprises ne prennent pas en compte le niveau de diplôme s'il n'est pas en rapport avec la qualification pour le poste demandé ?
Certaines qualifications n'intéressent guère les entreprises. Notamment, les formations issues de l'Université qui ne débouchent pas directement sur un métier. Il faut attirer l'attention des nouveaux entrants dans ces filières sur le risque qu'ils prennent quant à l'employabilité directe.
Dans ces conditions, il serait plus que nécessaire d'utiliser des mises en situation et toutes les techniques permettant de tester le candidat « en situation professionnelle ».
Mais ce n'est pas souvent le cas, pour des questions budgétaires. Il est donc difficile pour un recruteur de faire une prévision sur les chances de réussite dans le poste proposé sans indices concordants.
Conséquence : le recruteur qui n'a pas à sa disposition une panoplie d'outils cherche à se rassurer. Et s'en tient à la méthode du « copier /coller » ou, si vous préférez, du clonage.
L'ennui c'est que le « clone » a, lui, une tout autre démarche. Il recherche un nouveau challenge et n'a guère l'intention de refaire ailleurs ce qu'il a déjà réalisé.
Enfin, du côté des candidats rejetés pour cause de formation « non adéquate », c'est une frustration légitime qui s'installe : le diplômé s'est efforcé de réussir ses examens et découvre sur le tard que sa formation est peu valorisée dans le monde de l'entreprise !
Pourquoi les candidats avec des formations adaptées s'exposent à de moindres risques de chômage ?
Jusqu'ici les entreprises étaient peu outillées pour apprécier les compétences non techniques des candidats, ce qui les rendait réticentes à prendre en compte des formations qui n'avaient pas de rapport avec leurs métiers. De fait, les points de vue sont souvent diamétralement opposés…
Coté diplômé :
Le candidat considère que les connaissances acquises vont lui ouvrir des portes au sein de l'entreprise. Ce n'est pas toujours le cas dans la mesure où les connaissances (à part les domaines très spécialisés souvent techniques) ne servent que peu à résoudre les problèmes du quotidien qui se posent en entreprise. Il faut aussi attirer l'attention sur le fait qu'aucun diplôme ne donne droit à un emploi… quel qu'il soit.
Côté entreprise :
La peur d'intégrer des candidats loin de la réalité du monde économique conduit trop souvent à une sélection par défaut.
Faire un pronostic sur la performance professionnelle est un exercice qui reste difficile et qui implique le recruteur de manière importante. S'il n'est pas aidé dans sa mission par des outils et des démarches adéquats, il lui sera malaisé de s'engager.
La sélection la plus simple, c'est-à-dire sans trop de risque, est souvent fondée sur la répétition. Untel a fonctionné dans un contexte similaire donc a fortiori, il fonctionnera dans un contexte identique. Ce raisonnement a bien sûr ses limites, car il ne prend pas en compte le niveau de challenge en relation avec les compétences demandées.
Ce n'est qu'en cas d'extrême pénurie que l'entreprise fera l'impasse sur des critères de diplômes draconiens pour mettre en avant des compétences non techniques et les traits de personnalité. Certains métiers qui peinent à recruter aujourd'hui bénéficient d'une ouverture car faute de candidats nombreux, les entreprises visent à élargir les critères de sélection.
Quelles solutions ?
De récents rapports gouvernementaux préconisent de changer les perceptions et les mentalités. Le dernier en date, après la crise du CPE en 2006, proposait d'améliorer notamment les relations entre l'emploi et l'université :
La Commission du débat national université emploi définissait dans son rapport « De l'université à l'emploi », dit « rapport Hetzel » (2006), six grandes orientations de nature à mieux relier les deux termes : lutter contre l'échec à l'université ; repenser l'information et l'orientation ; améliorer la professionnalisation ; rapprocher durablement l'université du monde du travail ; créer un partenariat universités/employeurs pour la croissance ; faire évoluer l'ensemble du système universitaire.
Il y a actuellement un gâchis de talents et d'efforts en formation initiale. Ce qui aboutit à des impasses qui contribuent à entretenir des fossés d'incompréhension et d'injustice. Il conviendrait d'associer davantage le monde du travail à l université sans nécessairement inféoder l'un à l'autre, comme cela est souvent dénoncé.
Le simple bon sens et le pragmatisme nécessiteraient de rapprocher davantage les filières d'enseignement supérieur avec le marché du travail et de s'assurer que les diplômes de l'Université aboutissent à des emplois réels. Car nous n'avons plus les moyens de financer des impasses et de fabriquer des chômeurs.
Et toutes les bonnes idées sont à exploiter en consultant d'abord les principaux intéressés.
Christian Malécot
Provide RH
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COMMENTAIRES : Nous vous rappelons que, conformément à la loi, tout propos injurieux, diffamatoire ou xénophobe vous expose à d'éventuelles poursuites judiciaires. L'anonymat n'empêche pas votre identification.
1. Posté par
gérard
le 20/06/2008 10:39
Quand on connait son métier, son entreprise et ses besoins, on n'a pas besoin d'outil spécifique quel qu'il soit pour recruter!... D'autre part, une bonne formation, interne ou externe, compense allègrement les points manquants. Quand on veut se donner la peine de former un employé, quel que soit son âge, sa formation, ses diplômes, etc..., on y arrive. De plus, vous accordez beaucoup d'ntérêt à l'enseignement supérieur alors qu'il en est de même pour les niveaux inférieurs. Alors, s'il vous plait, arrêtez les blablas de DRH du genre "il faut, y a qu'à..., faut qu'on..." stériles et réfléchissez un peu plus sur l'opportunité d'amener les chefs d'entreprise à un peu plus d'humilité et de modestie en matière de recrutement. Personne n'est parfait pour une embauche immédiate. Quel que soit le niveau d'études, rien ne vaut l'accès au monde du travail pour mettre en pratique ce que l'on a appris et se perfectionner pour devenir très vite opérationnel, efficace donc rentable.
2. Posté par
Anne-C
le 20/06/2008 16:05
Pas évident en effet, pour chacun, de trouver sa place dans un marché de l'emploi saturé. Mais vous avez (courageusement) mis le doigt sur une pratique courante : les candidats sont plus souvent embauchés pour ce qu'ils ont fait, et non pour leur potentiel... La confiance s'installe difficilement, entre nouvelles recrues et recruteurs, peut-être parce qu'il est si difficile de dire ensuite "vous ne convenez plus pour ce poste" (pour des raisons de formalités essentiellement). Grand bien fasse à ces recruteurs, qui s'aperçoivent par la suite d'une démotivation rapide de leur nouvelle recrue et s'étonnent... Mais sans challenge, point de salut !
Et puis, on peut tomber à bras raccourcis sur l'université, en disant qu'elle apporte des enseignements trop éloignés de la pratique professionnelle, mais ce n'est pas sa vocation première. L'université forme des gens capables de penser la société dans son ensemble, d'analyser et comprendre des enjeux, et je dis cela sans faire de fausse philosophie. En revanche, elle ne prépare absolument pas à la recherche d'emploi, et c'est en cela que l'histoire pêche. En réalité, concernant l'employabilité des jeunes diplômés, il semble surtout qu'il y ait une sorte de malaise inter-générationnel entre des employeurs qui ont forgé leur savoir par l'expérience et les nouveaux diplômés (n'oublions pas qu'il y a encore quelques décennies, on pouvait entrer dans une entreprise sans avoir le bac, et y évoluer ...). Comme si un diplôme ne s'acquérait pas à la sueur du front ? Alors comment explique-t-on que les premières années universitaires écrèment leurs rangs ? Tout le monde est-il à même de fournir le travail nécessaire à l'obtention d'un diplôme ?
http://www.psychedelices.fr
3. Posté par
un JD
le 23/06/2008 21:54
J'aime bien ce genre d'article : c'est de la faute des diplomés, c'est de la faute de l'université.
Par contre l'employeur n'y est strictement pour rien, non non...
4. Posté par
manu
le 25/06/2008 13:23
bonjour,
je souhaite embaucher bac + X
ayant 5 ans d'experience dans une fonction similiaire.
profils différents s'abstenir.
***
Bienvenue en France...
5. Posté par
Ludo
le 25/06/2008 16:03
Si pas d'expérience pro, pas de boulot. Si pas de boulot, pas d'expérience. Les entreprises françaises sont incapables de prendre des risques, en prenant de temps en temps un novice, dont le comportement futur est DANS TOUS LES CAS imprévisible !!! (n'en déplaise aux DRH qui pensent sérieusement pouvoir prédire l'avenir... les pauvres... je pense qu'ils sont néfastes au processus de recrutement dans le cas précis d'un débutant complet... mais ça n'engage que moi).
Si le DRh n'est capable que de faire du cloning, et qu'une période d'essai de 3 mois renouvealbles à 6 mois, ne suffit pas à se faire une idée du candidat, c'est que le problème vien de l'entreprise, pas de l'université.
Autre exemple, il existe beaucoup moins d'investisseurs pour les start-ups que dans d'autres pays... un jeune qui n'a pas d'expérience, ne peut pas créer google dans son garage, selon les investisseurs frileux français.
Et puis tant qu'à faire, on vire aussi les seniors, histoire d'être sûr que le jeune ait du mal à acquérir de l'expérience... Qu'ils se plantent tous, si ça se passe mal dans ma boîte je me casse dans un autre pays, un pays où il existe des entrepreneurs qui aime le risque...
6. Posté par
Yves
le 25/06/2008 22:36
Avant de parler boulot, diplôme et recrutement, il faudrait aussi parler de vocation ! Les entreprises questionnnent souvent les candidats sur leur cursus scolaire et pourquoi cette voie là et pas l'autre...
Alors l'orientation sur commande ça ne marche pas ou alors ceux qui réussissent à s'intégrer professionnellement avec cela comme il ya dix ans, il se reconvertissent cinq ans plus tard dans l'agriculture biologique.... Alors il n'ya pas de sous métiers faites vous plaisir avant de vous lancer sans savoir, voyagez, à la découverte du monde réel et peut-être que vous y trouverez une bonne raison "d'aller au travail tout les matins". (jusqu'à 65 ans)
7. Posté par
Levavasseur
le 25/06/2008 23:46
Bonjour,
En effet le marché de l'emploi est saturé, Les empoyeurs, que ce soit dans une région ou une autre ne font pas beaucoup d'effort pour réintégréer un travailleur handicapapé.
Surtout lorsque leur niveau scolaire est un BEP, qui était suffissant en 1991, pour obtebnir un poste.
Leur chemin de vie est à eux leur université. Pour moi, pendant ma longue periode d'arrêt maladie je n' est pas perdu mon temps, j'ai investi dans un ordinateur.
Je me suis formée seule, à fin de pouvoir être opérationnel dans le monde du travaille.
Mon savoir faire et mon savoir être, devrais être un atout pour une entreprise.
je n'est qu' un BEPA. Mon handicape et ce que je suis capable de faire me permet de prétendre à un poste d'assistante commercial sédentaire.
Hors là, il faut un BAC +2. Je suis d'accord pour une formation de ce type, que si j'ai un employeur en contra en alternance. Mais, là encore je ne trouve pas d'employeur. Je n'ai jamais demandé à être cadre. Une simple ambulancière. Mais tout me pousse à devenir cadre.
Je suis mère de famille de deux enfants à charge. Je me considère chef de mon entreprise,
Je suis actuellement en stage au CLPS Saint-Malo. Hyper motivée, je viens d'effectuer un stage chez connection. d'assistante commercial. La petite mère de famille n'a eu que des compliments. positif non?
J'ai logement, deux enfants à charge, je veux travailler, cherche je tape à tous les portes je suis une battante, je suis positive, je vie dans la réalité, on peu compter sur moi, je suis de confiance alors un coup de souffle.
Aider moi messieurs les employeursde Saint-Malo.Pourquoi m'employer par que je suis, et mon statut de travailleur handicapé est un avantage pour votre entreprise
Merci de lire
8. Posté par
Patricia
le 29/06/2008 10:06
Vous faites de même pour choisir un nouveau matériel pour votre entreprise en vue de remplacer celui qui commence à ne plus être vraiment performant ? Je ne crois pas.
Le candidat est un être humain. Il est par nature complexe, ce que n'est pas une machine. Vous prenez du temps pour sélectionner LA machine, mais vous ne vous donnez pas le temps de sélectionner LE candidat.
Vous mettez en avant le problème de la formation universitaire que vous estimez inadapter, ce qui est normal puisque vous même n'avez pas suivi cette formation. Les universitaires pensent peut être l'inverse ? J'ai une formation en psychologie sociale (universitaire), et lorsque je lis votre réflexion, je me demande ce qu'on vous apprend. Le clônage n'est pas une solution volontaire, mais liée à la situation dans lequel vous concevez le recrutement. Le capital humain est géré comme on gère la production. Il doit être rentable rapidement. L'investissement doit être amorti le plus tôt possible pour que l'entreprise puisse faire des bénéfices.
Ces prémisses vous conduit toujours au même raisonnement, toujours aux mêmes réponses et surtout, la brève échéance qui vous reste pour recruter vous conduit inévitablement à privilégier le clônage. C'est un automatisme très humain. Tout le monde pratique cette méthode quotidiennement, sauf que leur recrutement est de développer leur réseau social.
Votre planification méthodologique est peut être à corriger et puis dans les universités on apprend aussi à réfléchir, vous savez.. Peut être que l'on a des idées qui pourraient vous intéresser. Faut-il encore que vous acceptiez de nous écouter sans préjugés, ce qui déformerait la qualité de votre écoute.
http://pgoyenetche.blog.sudouestjob.com
9. Posté par
THILLY marie-pierre
le 03/07/2008 13:20
je ne connais pas le "milieu" des entreprises; je suis éducatrice spécialisée et je travaille avec des adultes déficients mentaux profonds.CHAQUE JOUR EST UN NOUVEAU CHALLENGE POUR EUX ET POUR MOI.
je crois très fort à cette pensée: malgré les barrières de toutes sortes, chaque individu, être humain est capable de.
Notre société, mondialisée, tour à tour aidante, effarante, perdante, réussira-t-elle un jour, àpermettre à tous d'y avoir sa place?idéalisme? NON ETHIQUE!!
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Nous vous rappelons que, conformément à la loi, tout propos injurieux, diffamatoire ou xénophobe vous expose à d'éventuelles poursuites judiciaires. L'anonymat n'empêche pas votre identification.
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